Aucun doute, “I Melt With You” est LE tube de Modern English. Cette chanson aux très nets et séduisants atours pop est toutefois une sorte d’ovni dans la discographie d’un groupe de tonalité franchement post-punk.
Cependant, si After the Snow (1982) et son prédécesseur Mesh & Lace (1981) ont été publiés sur le label 4AD, c’est précisément en raison de cette tension entre énergie et esthétique, entre violence et subtilité ; dans la même veine, Bauhaus fait d’ailleurs également partie de “l’écurie 4AD” à cette époque. En puisant son inspiration — notamment — dans le rock psychédélique et dans le glam-rock, le punk est devenu post-punk : la new wave est née.
En faisant de leur reprise de “I Melt With You” (Nouvelle Vague, 2004) une sorte de comptine bossa nova gorgée de saudade, Marc Collin et le collectif Nouvelle Vague ont souligné la dimension sentimentale et mélancolique d’une chanson à la fois ancrée dans son époque, musicalement parlant, et “intemporelle” par la simplicité de ses arrangements et de son propos.
-> la version originale
-> la reprise par Nouvelle Vague
* sur le net
le “profil” de Modern English sur le site du label 4AD
la critique de After the Snow sur leonardslair.co.uk
Formé à Liverpool en 1980, It’s Immaterial est un groupe largement méconnu. Pourtant, sa discographie — maigre, il est vrai (deux albums seulement) — brille par son originalité, la diversité de ses influences et, en fil conducteur, une distance douce-amère toute britannique (la pochette de l’album en témoigne).
“cris d’oiseaux” samplés en ouverture, puis boîte à ryhtmes et couches de guitares cristallines en superposition et quinconce, mélodie gracieuse et aérienne : la quintescence du “style Durutti Column” est gravée dans ce court morceau instrumental.
Où la new wave, synthèse d’énergie (post-)punk maîtrisée et de constructions sonores atmosphériques, trouve l’une de ses formes les plus abouties. Si Killing Joke n’est pas le groupe le plus subtil de l’histoire du rock — loin s’en faut —, “Love Like Blood” possède néanmoins les qualités de ses éventuels défauts : la chanson est puissante, compacte et intense ; mention spéciale à une batterie particulièrement sèche et claquante, parfaitement accompagnée par une ligne de basse efficace et, osons le mot, dansante !
Pour le plaisir d’une intro qui subtilement et imparablement monte en puissance par ses couches successives (notamment une mémorable guitare wah-wah) et par l’entremise de l’une des meilleures sections rythmiques de l’histoire de la soul music, pour le plaisir d’une voix particulièrement chaude et expressive, (ré)écoutons le thème principal du film Shaft, pierre angulaire de la blaxploitation réalisée par le photographe, poète, musicien et journaliste Gordon Parks. “Shaft”, un morceau jubilatoire.